L'infirmière qui travaille en EHPAD

L'infirmière qui travaille en EHPAD

Les journées d'une infirmière seule en EHPAD.

Ecrire c'est exprimer, sortir de soi un mal-être, une souffrance ou au contraire un bonheur, une satisfaction.

 

Aujourd'hui j'écris pour raconter les journées d'une infirmière qui est seule pour gérer les résidents de son EHPAD alors qu' elles devraient être deux.

 

En arrivant, les soins se bousculent dans sa tête. D'abord, établir des priorités. Les prises de sang à jeun et les glycémies capillaires arrivent en premier sur la liste. Vite! Avant que les petits déjeuners soient servis. Commençons par ceux qui se lèvent tôt.

 

Le problème c'est que je suis seule avec mon chariot de médicaments et mon chariot de soins... L'autre problème c'est qu'il y a cinq ailes avec chacune une quinzaine de résidents.

 

Première difficulté: trimbaler les deux chariots. Un devant, un derrière: "Oh hisse!". Du coup j'en profite pour distribuer les médicaments du bas. Je ne tiens pas à faire trente-six allers-retours entre les 5 ailes desservies... Bien sûr quand j'ai terminé de distribuer les médicaments des résidents en bas, les petits déjeuners en haut sont commencés. Je me précipite vers ceux qui attendent leur glycémie (certains ne l'attendent pas d'ailleurs) et aussi -je dois le dire- vers ceux qui râlent le plus fort (les plus impatients). Heureusement certains dorment tard et je sais que je peux finir par eux.

 

ça y est! L'impératif des "à jeun" est respecté ou presque. Je termine plus tranquillement (au moins dans l'esprit) la distribution des médicaments. Entre temps il y a les départs pour les rendez-vous médicaux, les appels des familles, les appels aux médecins qui ne peuvent pas attendre, les visites médicales matinales.

 

Je finis le tour vers 10H si j'ai de la chance.

 

A l'attaque pour les pansements à présent.

 

Dilemme. J'ai une résidente tétraplégique arrivée récemment avec cinq escarres très douloureux. Je dois donc être présente pour une partie de la toilette au moins pour ne pas la mobiliser à nouveau pour les pansements. J'ai une autre résidente qui a trois escarres tout aussi douloureux et pour laquelle il faut que je sois présente aussi au moins pour l'escarre du sacrum.

 

Selon l'avancée des toilettes et ma propre avancée je commence par l'une ou l'autre. C'est un crève coeur de ne pas pouvoir continuer les toilettes avec les aides-soignantes pour pouvoir faire les soins dans une certaine globalité.

 

Je cours toujours et je dois encore faire un pansement de plaie tumorale qui nécessite la présence d'une aide-soignante pour le faire correctement et rapidement. Si je ne peux pas le faire ce matin je le ferai ce soir.

 

Encore quelques pansements simples.

 

Tous ne seront pas faits le matin.

 

C'est déjà l'heure de distribuer les médicaments du midi pour les résidents qui mangent en chambre? Argh.

 

C'est reparti avec un seul chariot cette fois. Ouf!

 

J'enchaine avec les médicaments distribués à midi.

 

Pause déjeuner!!!!!

 

Café au retour pour sortir de la sieste et pour assurer jusqu'au soir.

 

L'après-midi, nous faisons le point avec les aides-soignantes et les aides-médico-psychologique. Ensuite il faut organiser les rendez-vous médicaux, préparer les prises de sang et les rendez-vous matinaux du lendemain, mettre de l'ordre dans l'infirmerie, nettoyer les chariots. Entre temps, les pharmacies amènent les piluliers (ils sont préparés par la pharmacie), me réclament les renouvellements d'ordonnances, nous faisons le point sur ce qui va manquer parmi tous les petits à côté du médicament (patchs, collyres, laxatifs...) , il va y avoir encore quelques visites médicales, peut-être une réunion avec la psychologue, la direction ou une formation incendie.

 

C'est déjà l'heure du tour du soir!!!!

 

C'est reparti avec les deux chariots. Derniers pansements pas encore refaits, glycémies et insulines, héparines, vaccins anti grippes (c'est le moment!), tensions, distribution des médicaments pour ceux qui mangent en chambre.

 

Et voilà je suis au restaurant et je finis la distribution des médicaments.

 

Dans l'idéal j'ai eu le temps de valider la prise des médicaments, transmettre les informations, être à jour. Toute seule, l'idéal n'est jamais atteint. Alors, je fais des heures sup'.

 

C'est pas vivable mais on le vit quand même. Et je ne vous ai pas raconté les longues discussions avec les familles inquiètes, avec les résidents qui en ont besoin, avec les collègues fatiguées elles aussi par nos conditions de travail du moment. Toute critique est difficile à entendre dans ces circonstances.

 

 

 



22/04/2021
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